📁ThĂ©orie et expĂ©rience

On oppose souvent un savoir thĂ©orique et « abstrait » Ă  l'expĂ©rience supposĂ©e « concrĂšte ». Mais « expĂ©rience » peut s'entendre en un triple sens : l'expĂ©rience de l'homme d'expĂ©rience n'est pas l'expĂ©rience sensible dont parle Kant, ni non plus l'expĂ©rience scientifique (ou expĂ©rimentation). Il ne faut pas alors opposer Ă  chaque fois thĂ©orie et expĂ©rience : l'expĂ©rience est au contraire un moment nĂ©cessaire de la connaissance.


✅En quel sens peut-on opposer thĂ©orie et expĂ©rience ?


✍Le temps n'est pas qu'une puissance d'usure et d'amoindrissement, car je peux toujours tirer quelque chose des jours qui passent : au sens courant, l'expĂ©rience est alors cette sĂ©dimentation en moi d'un passĂ© me permettant de faire mieux et plus vite ce que j'accomplissais auparavant pĂ©niblement. « C'est en forgeant qu'on devient forgeron », disait Aristote : l'expĂ©rience me livre un savoir qui n'est pas thĂ©orique et qui ne s'enseigne pas. Ainsi, je ne peux pas transmettre Ă  d'autres ce que l'expĂ©rience m'a appris : c'est ce qui oppose le savoir-faire de l'expĂ©rience et le savoir thĂ©orique qui, lui, peut s'enseigner, parce qu'il repose sur des rĂšgles connues et transmissibles.


✅Quel rĂŽle l'expĂ©rience sensible joue-t-elle dans la connaissance ?


✍L'expĂ©rience est toujours singuliĂšre, et ne se partage pas. C'est en cela que Kant a pu parler d'expĂ©rience sensible en lui donnant le sens de « perception ». La perception en effet est toujours perception d'une chose singuliĂšre, alors que la connaissance se veut universelle.


✍Comment passer du triangle singulier que je vois devant moi aux propriĂ©tĂ©s universelles valant pour tous les triangles ? C'est lĂ  pour Kant le travail de l'entendement : l'expĂ©rience sensible est la matiĂšre de la connaissance, mais elle n'est pas d'elle-mĂȘme connaissance. Pour connaĂźtre, il faut que l'entendement donne Ă  cette matiĂšre la forme universelle d'un concept Ă  l'aide des catĂ©gories a priori.


 ✅Qu'est-ce qu'une expĂ©rimentation scientifique ?


✍Tout d'abord, remarquons qu'il n'y a pas d'expĂ©rimentations dans les sciences pures comme les mathĂ©matiques. L'expĂ©rimentation scientifique, qui a pour but de soumettre une thĂ©orie Ă  l'Ă©preuve des faits, n'est pas simplement une expĂ©rience brute, parce qu'elle utilise des processus visant Ă  restreindre et Ă  contrĂŽler les paramĂštres entrant en jeu dans le rĂ©sultat final. Ainsi, l'expĂ©rimentation scientifique se fait en laboratoire, et non en pleine nature, parce qu'il s'agit de simplifier les mĂ©canismes naturels en restreignant les causes d'un phĂ©nomĂšne pour ne retenir que celles qui seront testĂ©es dans le protocole ; on compare ensuite les rĂ©sultats obtenus lorsqu'on fait varier un paramĂštre donnĂ©.


✅Quel rĂŽle l'expĂ©rimentation joue-t-elle dans les sciences ?


✍Alors que l'expĂ©rience sensible nous est donnĂ©e immĂ©diatement, l'expĂ©rimentation, elle, est construite. Elle suppose au prĂ©alable un travail thĂ©orique de l'entendement : elle n'a en science qu'une fonction de confirmation ou d'infirmation d'hypothĂšses thĂ©oriques qui ne sont pas, quant Ă  elles, tirĂ©es directement de l'expĂ©rience. On pourrait alors soutenir, avec Karl Popper, que les sciences expĂ©rimentales ne reçoivent qu'un enseignement nĂ©gatif de l'expĂ©rience : l'expĂ©rimentation est incapable de prouver qu'une thĂ©orie est vraie, elle pourra seulement montrer qu'elle n'est pas fausse, c'est-Ă -dire qu'on ne lui a pas encore trouvĂ© d'exception. En effet, l'expĂ©rimentation repose sur le principe d'induction, qui dit qu'une thĂ©orie confirmĂ©e un grand nombre de fois sera considĂ©rĂ©e comme valide. Mais pour que sa validitĂ© soit absolue, il faudrait un nombre infini d'expĂ©riences, ce qui est impossible.


✍En d'autres termes, l'expĂ©rience a en science un rĂŽle rĂ©futateur de la thĂ©orie, qui n'est jamais entiĂšrement vĂ©rifiable : c'est la thĂšse de la « falsifiabilitĂ© » des thĂ©ories scientifiques. La vĂ©ritĂ© n'est donc pas l'objet de la physique, qui recherche bien plutĂŽt un modĂšle d'explication cohĂ©rent et efficace de la nature. Le physicien est devant la nature comme devant « une montre fermĂ©e », disait Einstein en citant Descartes : peu lui importe, finalement, de savoir comment la montre fonctionne, le tout Ă©tant de proposer une explication efficace pour prĂ©dire les mouvements des aiguilles.


✍La citation


« Je croirai avoir assez fait, si les causes que j'ai expliquĂ©es sont telles que tous les effets qu'elles peuvent produire se trouvent semblables Ă  ceux que nous voyons dans le monde, sans m'enquĂ©rir si c'est par elles ou par d'autres qu'ils sont produits. » (RenĂ© Descartes)





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