đLe devoir
Mon devoir, c'est ce que je dois faire, que cela me plaise ou non. Nos devoirs semblent donc ĂȘtre autant d'entraves imposĂ©es par la sociĂ©tĂ© : ils sont peut-ĂȘtre nĂ©cessaires Ă la vie en commun, mais ils limitent notre libertĂ©. La question cependant est de savoir si le devoir peut effectivement ĂȘtre pensĂ© comme une contrainte.
✅Est-il sage de ne pas faire son devoir ?
Quand ce que me dicte mon devoir contredit mes intĂ©rĂȘts, ne serait-il pas plus sage de dĂ©sobĂ©ir ? Ne pas ĂȘtre injuste est un devoir ; mais est-il sage d'ĂȘtre juste, si l'injustice est Ă mon avantage ? Dans le Gorgias, CalliclĂšs affirme, contre Socrate, qu'il vaut mieux commettre l'injustice que la subir. C'est pour Platon une erreur de jugement : celui qui dĂ©cide d'ĂȘtre injuste ne le fait jamais Ă son avantage, parce qu'il se laisse emporter par ses dĂ©sirs et ne prend pas assez soin de son Ăąme. Comme le diront les StoĂŻciens, l'insensĂ© est celui qui trouble l'ordre du monde en ne voulant pas ce qu'il faut vouloir. Le sage stoĂŻcien ne veut pas changer ce qui ne dĂ©pend pas de lui ; ce qui dĂ©pend de lui, c'est ne pas laisser les dĂ©sirs corrompre sa volontĂ©. C'est l'insensĂ© qui agit en se laissant guider par les dĂ©sirs : comme ceux-ci sont illimitĂ©s, il court Ă sa perte.
✅Qu'est-ce qui dĂ©termine ce que je dois faire ?
La réponse la plus simple serait : la société. On peut en effet constater que les notions de bien, de mal, de devoir, varient d'une société à l'autre, d'une époque à l'autre : le parricide, crime odieux chez les Romains, était un acte recommandé dans certaines peuplades. C'est donc la société qui détermine ce qu'il est bien de faire : est bon, ce qui est utile à la communauté ; est mal, ce qui lui est nuisible. Telle est du moins la thÚse des utilitaristes anglais comme Bentham : une société détermine comme devoirs les actions favorables au bonheur du plus grand nombre. Or, les actions qui sont avantageuses pour le plus grand nombre le sont aussi pour l'individu qui agit : le seul véritable fondement de la morale, ce n'est pas le devoir, c'est l'égoïsme bien compris (en agissant pour le bonheur de tous, j'agis aussi pour mon propre bonheur).
✅La rĂ©ponse utilitariste est-elle satisfaisante ?
Cette thĂšse confond l'utile et le moral, ce qui est problĂ©matique : comme le dira Kant, il est parfois utile de mentir, mais ce n'est jamais un acte moral. Surtout, ce qui dĂ©termine la valeur morale d'une action, ce n'est pas ses effets (par exemple sur la sociĂ©tĂ©) mais l'intention elle-mĂȘme : si mon intention Ă©tait purement Ă©goĂŻste, mon action ne sera jamais morale, mĂȘme si elle a eu des consĂ©quences utiles pour autrui. Une action est morale quand ma volontĂ© s'est dĂ©terminĂ©e eu Ă©gard Ă la seule raison, et non par rapport Ă la sensibilitĂ©. Selon Kant en effet, je ne dĂ©cide pas de mes dĂ©sirs sensibles : une volontĂ© dĂ©terminĂ©e par les dĂ©sirs n'est donc plus une volontĂ© libre. Ătre libre, c'est faire ce que la raison me dicte, c'est-Ă -dire mon devoir ; la question cependant est de savoir en quoi ce devoir consiste.
✅Qu'est-ce que faire mon devoir ?
Mon devoir, c'est de faire ce que la loi morale commande avant de chercher Ă satisfaire mes dĂ©sirs et mes intĂ©rĂȘts. Le devoir n'a donc rien de plaisant ou d'agrĂ©able ; plus mĂȘme, si je fais mon devoir parce que j'y prends du plaisir, mon action ne sera pas vĂ©ritablement morale (car c'est par plaisir que j'aurai agi, et non par devoir). Ainsi, si je dis la vĂ©ritĂ©, mais que je le fais par intĂ©rĂȘt, mon action sera certes conforme au devoir, mais pas faite par devoir : elle n'aura aucune valeur morale. Mais alors, qu'est-ce que m'ordonne de suivre ma raison ? Pour que mon action soit morale, il faut que la maxime de mon action (son intention) puisse ĂȘtre universalisĂ©e sans contradiction. Puis-je vouloir un monde oĂč tous mentiraient tout le temps sans contradiction ? Si la rĂ©ponse est nĂ©gative, c'est que mentir n'est pas un acte moral. C'est prĂ©cisĂ©ment parce que je suis un ĂȘtre libre, toujours tentĂ© de faire passer ses intĂ©rĂȘts et ses dĂ©sirs avant mon devoir, que ce dernier prend pour moi la forme d'un impĂ©ratif catĂ©gorique : ce que la raison exige, c'est que j'agisse par devoir, c'est-Ă -dire par pur respect pour le commandement moral, sans aucune considĂ©ration de mes intĂ©rĂȘts.
✅Le devoir n'est-il alors qu'une contrainte ?
Le devoir ne me contraint pas à me soumettre : il m'oblige à obéir, et c'est bien différent. J'obéis à la loi morale, parce que je sais qu'elle est juste, alors que je me soumets à un bandit qui me menace de son arme. Le bandit me contraint en usant de sa force ; le devoir m'oblige. Dans le cas du voleur, je me soumets à une force extérieure à moi qui me prive de ma liberté ; dans le cas du devoir, je reconnais la légitimité du commandement moral qui me libÚre de la tyrannie de mes désirs et me hausse jusqu'à l'universel.
✍La citation
« Je dois toujours agir de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle. »(Emmanuel Kant)
✔️Aides scolaire
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