📁Le dĂ©sir


Nous Ă©prouvons sans cesse des dĂ©sirs : que le dĂ©sir vise un objet dĂ©terminĂ© − une belle voiture − ou un Ă©tat diffus et gĂ©nĂ©ral − le bonheur −, dĂ©sirer semble faire corps avec l'Ă©lan mĂȘme de la vie qui sans cesse nous entraĂźne au-delĂ  de nous-mĂȘmes : vers les objets extĂ©rieurs pour nous les approprier, ou vers ce que nous voudrions ĂȘtre mais que nous ne sommes pas.

✅ Le dĂ©sir est-il essentiel pour comprendre ce qu'est l'homme ?

✍Si Spinoza a pu faire du dĂ©sir l'essence mĂȘme de l'homme, c'est que dĂ©sirer n'est pas un phĂ©nomĂšne accidentel mais bien le signe de notre condition humaine.

✍ C'est d'abord le signe d'un manque : on ne dĂ©sire que ce que l'on n'a pas. Il y aurait au cƓur de l'homme une absence de plĂ©nitude et un inachĂšvement qui aspireraient Ă  se combler et qui seraient Ă  l'origine de la dynamique mĂȘme de l'existence.

✅ Peut-on identifier dĂ©sir et besoin ?

✍ Le besoin caractĂ©rise l'Ă©tat de l'organisme lorsqu'il est privĂ© de ce qui assure son fonctionnement : on distingue le besoin vital − boire et manger −, qui concerne la conservation de l'individu, et le besoin sexuel, qui assure la survie de l'espĂšce.

✍S'ajoutent Ă  ces besoins physiologiques les besoins dits « artificiels », créés par la sociĂ©tĂ©. Dans les deux cas, le besoin trouve son assouvissement dans un objet qui lui prĂ©existe et le complĂšte. Il en va autrement du dĂ©sir : il n'a pas d'objet qui lui soit par avance assignĂ©. Quand je dĂ©sire ĂȘtre heureux, suis-je capable de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment ce que j'attends ? L'objet du dĂ©sir est indĂ©terminĂ©.

✅Le dĂ©sir peut-il ĂȘtre pleinement satisfait ?

✍Dans le dĂ©sir, il n'est pas dit que j'aspire vraiment Ă  une satisfaction qui fasse disparaĂźtre tout dĂ©sir. Le dĂ©sir est contradictoire car il veut et ne veut pas ĂȘtre satisfait : que serait, en effet, une vie sans dĂ©sir, si ce n'est une vie morte ?

✍ Par ailleurs, le dĂ©sir sent confusĂ©ment qu'aucun objet n'est Ă  mĂȘme de le satisfaire pleinement. C'est pourquoi, Ă  la diffĂ©rence du besoin, il est illimitĂ©, insatiable et sans cesse guettĂ© par la dĂ©mesure, comme le montre Platon dans le Gorgias quand il compare l'homme qui dĂ©sire Ă  un tonneau percĂ© qui ne peut jamais ĂȘtre rempli.

✍Selon Schopenhauer, la vie d'un ĂȘtre de dĂ©sir est donc comme un pendule qui oscille entre la souffrance (quand le dĂ©sir n'est pas satisfait, et que le manque se fait douloureusement sentir) et l'ennui (quand le dĂ©sir est provisoirement satisfait).

✅Le dĂ©sir est-il par essence violent ?

✍ Dans le LĂ©viathan, Hobbes montre que le comportement humain est une perpĂ©tuelle marche en avant du dĂ©sir. SitĂŽt satisfait, il se porte sur un autre objet, et ainsi de suite Ă  l'infini ; mais comme les objets dĂ©sirables ne sont pas en nombre illimitĂ©, mon dĂ©sir se heurte tĂŽt ou tard au dĂ©sir d'autrui.

✍ Les autres deviennent non pas seulement des concurrents, mais bien des adversaires, car le meilleur moyen d'empĂȘcher le dĂ©sir de l'autre de me barrer la route est de tuer l'ennemi. Parce qu'il est un ĂȘtre de dĂ©sir, l'homme naturel est nĂ©cessairement  violent : il faut un État pour faire cesser « la guerre de tous contre tous ».

✅Tout dĂ©sir est-il dĂ©sir de pouvoir ?

✍Dans le TraitĂ© de la nature humaine, Hobbes va plus loin. Je ne dĂ©sire un objet que parce qu'un autre le dĂ©sire aussi : ce que je dĂ©sire, ce n'est pas l'objet lui-mĂȘme, c'est en priver autrui pour le forcer Ă  reconnaĂźtre que je peux obtenir ce qu'il se voit refusĂ©. Tout dĂ©sir aspire Ă  obtenir de l'autre l'aveu du pouvoir, c'est-Ă -dire « l'honneur ». Tout dĂ©sir, en tant qu'il vise avant tout Ă  l'humiliation de l'autre, est dĂ©sir de pouvoir.

✍En d'autres termes, je ne dĂ©sire que mĂ©diatement ou indirectement un objet : ce que je dĂ©sire immĂ©diatement, c'est affirmer ma supĂ©rioritĂ© sur autrui ; la possession de l'objet n'est ici qu'un moyen.

✅Faut-il chercher Ă  maĂźtriser ses dĂ©sirs ?

✍ Si le dĂ©sir est insatiable, il risque d'entraĂźner l'homme dans des excĂšs et de faire son malheur. Les sagesses antiques prĂ©conisaient ainsi une discipline des dĂ©sirs. L'homme est malheureux parce qu'il dĂ©sire trop et mal. Apprendre Ă  dĂ©sirer seulement ce que l'on peut atteindre, en restant dans les bornes du raisonnable, telle est la morale stoĂŻcienne.

✍ S'arracher Ă  la peur superstitieuse de la mort et des dieux et s'en tenir aux dĂ©sirs naturels et nĂ©cessaires, qui sont tout Ă  la fois faciles Ă  combler et dont la satisfaction est source de plaisir, telle est la morale Ă©picurienne. Toutes deux dessinent l'idĂ©al d'une sagesse humaine fondĂ©e sur l'absence de troubles (ou ataraxie) et l'harmonie avec la nature.

✍La citation

Le dĂ©sir ouvre « la guerre de tous contre tous. »

(Hobbes)


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