đLa vĂ©ritĂ©
La vĂ©ritĂ© fait partie de ces termes que la philosophie scolastique nommait des « transcendantaux », parce qu'ils sont toujours « au-delĂ » (trans) de tout ce qui est (ens), et que, comme tels, ils ne sont pas dĂ©finissables : il ne s'agirait pas alors de les comprendre, mais de les saisir directement par une intuition immĂ©diate.
✅Quel sens donnons-nous habituellement Ă la vĂ©ritĂ© ?
✍Descartes remarque que l'on dĂ©finit couramment le vrai comme ce qui n'est pas faux, et le faux comme ce qui n'est pas vrai… Ici, les contraires se dĂ©finissent les uns les autres, et la dĂ©finition, circulaire, est purement « nominale », c'est-Ă -dire qu'en fait elle ne dĂ©finit rien. Il faut donc chercher une autre dĂ©finition. Pour cela, il faut d'abord dĂ©finir ce qui est susceptible d'ĂȘtre vrai ou faux.
✅Qu'est-ce qui est susceptible d'ĂȘtre vrai ou faux ?
✍Seuls nos Ă©noncĂ©s sur les choses, et non les choses elles-mĂȘmes, sont susceptibles d'ĂȘtre vrais ou faux ; et encore : la priĂšre, le souhait, l'ordre, etc., sont des Ă©noncĂ©s qui n'ont pas de valeur de vĂ©ritĂ©.
✍En fait, seuls les Ă©noncĂ©s qui attribuent un prĂ©dicat Ă un sujet, c'est-Ă -dire les jugements prĂ©dicatifs, peuvent ĂȘtre vrais ou faux. La vĂ©ritĂ© serait alors d'attribuer Ă un sujet le prĂ©dicat qui exprime bien comment le sujet est rĂ©ellement (par exemple, l'Ă©noncĂ© « la table est grise » est vrai si la table rĂ©elle est effectivement grise). Une proposition serait donc vraie quand elle dĂ©crit adĂ©quatement la chose telle qu'elle est.
✅La dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© comme adĂ©quation est-elle satisfaisante ?
✍Saint Thomas d'Aquin a le premier dĂ©fini la vĂ©ritĂ© comme l'adĂ©quation de l'esprit et de la chose. Mais pour que cette dĂ©finition soit valide, il faudrait que je puisse comparer mes idĂ©es aux choses ; le problĂšme, c'est que je n'ai jamais affaire aux choses en elles-mĂȘmes, mais Ă ma reprĂ©sentation des choses.
✍Or, rien ne m'assure que le monde est bien conforme Ă ce que j'en perçois ; il se pourrait, comme l'a montrĂ© Descartes, que toute ma vie ne soit qu'un « songe bien liĂ© », que je sois en train de rĂȘver tout ce que je crois percevoir : rien ne m'assure que le monde ou autrui existent tels que je les crois ĂȘtre.
✅Faut-il alors renoncer Ă parvenir Ă la vĂ©ritĂ© ?
✍MĂȘme si tous mes jugements sont faux, il est cependant une seule chose dont je ne peux pas douter : pour se tromper, il faut ĂȘtre ; donc, je suis. « Je pense, donc je suis »est la seule proposition nĂ©cessairement vraie. Cette intuition devient le modĂšle de la vĂ©ritĂ© : il ne s'agit plus de comparer mes idĂ©es aux choses, ce qui est impossible, mais mes idĂ©es Ă cette intuition certaine, le cogito. Toute idĂ©e qui est aussi claire et distincte que le cogito est nĂ©cessairement vraie.
✍Cependant, Ă ce stade du doute mĂ©thodique, je ne suis assurĂ© que d'ĂȘtre en tant que chose qui pense : pour m'assurer qu'autrui et le monde existent, et me sortir du solipsisme, Descartes devra par la suite poser l'existence d'un dieu vĂ©race et bon qui ne cherche pas Ă me tromper
✅Quelle est la solution proposĂ©e par Descartes ?
✍« Je pense, donc je suis » : il est impossible de douter de cette proposition. La certitude du cogito ne me dit cependant rien d'autre : hormis cela, je peux encore me prendre Ă douter de tout. Mais, parmi toutes les idĂ©es dont je peux douter, il y a l'idĂ©e de Dieu. L'idĂ©e d'un ĂȘtre parfait est elle-mĂȘme nĂ©cessairement parfaite ; or, je suis un ĂȘtre imparfait : de mes propres forces, je ne peux donc pas avoir une telle idĂ©e.
✍Si j'ai l'idĂ©e de Dieu, il faut donc que ce soit Dieu lui-mĂȘme qui l'ait mise en mon esprit ; par consĂ©quent, je suis certain que Dieu existe avant d'ĂȘtre sĂ»r que le monde est comme je le perçois. Mais si Dieu existe, et s'il est parfait, il doit ĂȘtre vĂ©race et bon : il ne peut avoir la volontĂ© de me tromper, et le monde doit bien ĂȘtre tel que je me le reprĂ©sente. Descartes est ainsi contraint de poser l'existence de Dieu au fondement de la vĂ©ritĂ©.
✅La solution cartĂ©sienne rĂ©sout-elle le problĂšme ?
✍En fait, lorsque Descartes affirme que le modĂšle de la vĂ©ritĂ©, c'est l'intuition immĂ©diatement certaine du cogito, il prĂ©suppose que sa dĂ©finition de la vĂ©ritĂ© est la vraie dĂ©finition.
✍Comme l'a montrĂ© le logicien Frege, la vĂ©ritĂ© se prĂ©suppose toujours elle-mĂȘme, quelle que soit la dĂ©finition que j'en donne : que je dĂ©finisse la vĂ©ritĂ© comme adĂ©quation, comme cohĂ©rence logique de la proposition ou comme intuition certaine, je prĂ©suppose dĂ©jĂ le « sens » de la vĂ©ritĂ©. Cette circularitĂ© ne rend pas la vĂ©ritĂ© nulle et non avenue, mais invite plutĂŽt Ă remarquer le paradoxe : la vĂ©ritĂ© se prĂ©cĂšde toujours elle-mĂȘme.
✍La citation
« La vĂ©ritĂ© est l'adĂ©quation de la chose et de l'intellect. » (Saint Thomas d'Aquin)
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