📁La libertĂ©

« Être libre, c'est faire ce que je veux » : telle est notre dĂ©finition courante de la libertĂ©. Je ne serais donc pas libre lorsqu'on contraint ma volontĂ© par des rĂšgles, des ordres et des lois. Être libre serait alors la condition naturelle de l'homme, et la sociĂ©tĂ© la marque de son esclavage. Pourtant, cette opinion ne semble pas tenable.


✅ Peut-on dire que l'animal est libre ?


✍Si la libertĂ© est l'absence de toute rĂšgle et de toute contrainte, alors l'animal est libre. Mais ce raisonnement n'a qu'une apparence de vĂ©ritĂ© : le comportement d'un animal est en fait dictĂ© par son instinct, de sorte que l'animal ne peut pas s'empĂȘcher d'agir comme il agit. L'instinct commande, l'animal obĂ©it : loin d'ĂȘtre le modĂšle de la libertĂ©, l'animal est l'incarnation d'une totale servitude Ă  la nature. On ne peut parler de libertĂ© que pour un ĂȘtre qui s'est affranchi du dĂ©terminisme naturel.


✅De quelle maniĂšre l'homme conquiert-il la libertĂ© ?


 ✍Pour ĂȘtre libre, il faut pouvoir choisir de faire ou de ne pas faire. Seul donc un ĂȘtre qui s'est dĂ©barrassĂ© de la tyrannie des instincts peut remplir les conditions minimales de l'accĂšs Ă  la libertĂ©. Kant soutient que c'est prĂ©cisĂ©ment lĂ  le rĂŽle de l'Ă©ducation : elle a pour but premier de discipliner les instincts, c'est-Ă -dire de les rĂ©duire au silence pour que l'homme ne se contente pas d'obĂ©ir Ă  ce que sa nature commande.


✍C'est aussi, et plus largement, le rĂŽle de la vie en communautĂ© : la sociĂ©tĂ© civile nous libĂšre de la nature en substituant les lois sociales aux lois naturelles. C'est donc la culture au sens large, c'est-Ă -dire la façon que l'homme a de faire taire la nature en lui, qui nous fait accĂ©der Ă  la libertĂ©.


 ✅À quelles conditions puis-je ĂȘtre libre ?


✍« Je suis libre quand je fais ce que je veux »... Certes, mais Ă  quelles conditions suis-je libre de vouloir ce que je veux ? Le plus souvent, ma volontĂ© est dĂ©terminĂ©e par ce que je suis : il n'y aurait aucun sens Ă  vouloir ĂȘtre plus grand si je n'Ă©tais pas petit. Ma volontĂ© n'est alors pas libre ; bien au contraire, elle est dĂ©terminĂ©e : je ne choisis pas plus de vouloir ĂȘtre grand que je n'ai choisi d'ĂȘtre petit.


✍Ma volontĂ© n'est donc libre que quand elle s'est libĂ©rĂ©e de toutes les dĂ©terminations qu'elle a reçues, c'est-Ă -dire quand elle s'est affranchie de tout ce qui en fait ma volontĂ©. Pour ĂȘtre rĂ©ellement libre, il faudrait que ma volontĂ© veuille ce que toute volontĂ© peut vouloir, donc que ce qu'elle veuille soit universellement valable.


 ✅Qu'est-ce qu'une volontĂ© universelle ?


✍Kant affirme que ma volontĂ© est universelle quand elle veut ce que tout homme ne peut que vouloir : ĂȘtre respectĂ© en tant que volontĂ© libre. Pour ĂȘtre libre, ma volontĂ© doit respecter la libertĂ© en moi-mĂȘme comme en autrui : elle doit observer le commandement suprĂȘme de la moralitĂ© qui ordonne de considĂ©rer autrui toujours comme une fin en soi, et jamais comme un moyen de satisfaire mes dĂ©sirs.


✍La libertĂ© se conquiert donc en luttant contre les dĂ©sirs qui rĂ©duisent l'homme en esclavage et en obĂ©issant Ă  l'impĂ©ratif de la moralitĂ©.


✅Comment ĂȘtre libre tout en obĂ©issant Ă  une loi ?


 ✍S'il suffisait d'obĂ©ir aux lois pour ĂȘtre libre, alors les sujets d'une tyrannie connaĂźtraient la libertĂ©. Pour Rousseau, la seule solution Ă  ce problĂšme Ă  la fois politique et moral, c'est que je sois aussi l'auteur de la loi Ă  laquelle je me soumets.


 ✍Sur le plan politique, le «  contrat social  »garantit la libertĂ© des citoyens non en les dĂ©livrant de toute loi, mais en faisant d'eux les auteurs de la loi : par le vote, les hommes se donnent Ă  eux-mĂȘmes leurs propres lois, en ayant en vue non leurs intĂ©rĂȘts particuliers mais le bien commun.


✍De mĂȘme, sur le plan moral, Kant, en se rĂ©fĂ©rant Ă  Rousseau, montre que la loi de la moralitĂ© Ă  laquelle je dois me soumettre (et qui s'exprime sous la forme d'un impĂ©ratif catĂ©gorique) ne m'est pas imposĂ©e de l'extĂ©rieur, mais vient de ma propre conscience : je suis libre lorsque j'obĂ©is au commandement moral, parce c'est moi-mĂȘme qui me le prescris.


✅La libertĂ© est-elle l'essence de l'homme ?


✍Dire que la libertĂ© constitue la seule essence de l'homme, cela revient Ă  dire que l'homme n'a pas de nature, qu'il est ce qu'il a choisi d'ĂȘtre, mĂȘme si ce choix n'est pas assumĂ© comme tel voire mĂȘme implicite (Sartre).


✍Pour Heidegger, il faut aller jusqu'Ă  dire que l'essence de l'homme, c'est l'existence : parce qu'il est temporel, l'homme est toujours jetĂ© hors de lui-mĂȘme vers des possibles parmi lesquels il doit choisir.


✍D'instant en instant, l'homme (qu'il le veuille ou non) est une libertĂ© en acte : j'ai Ă  chaque instant Ă  choisir celui que je serai, mĂȘme si la plupart du temps je refuse de le faire, par exemple en laissant les autres dĂ©cider Ă  ma place. Que la libertĂ© soit l'essence de l'homme, cela signifie donc aussi qu'elle est un fardeau Ă©crasant : elle me rend seul responsable de ce que je suis. C'est prĂ©cisĂ©ment Ă  cette responsabilitĂ© que j'essaye d'Ă©chapper en excusant mon comportement et mes choix par un « caractĂšre » ou une « nature » (sur le mode du : « ce n'est pas ma faute : je suis comme cela ! »).


✍La citation


« L'impulsion du seul appĂ©tit est esclavage, et l'obĂ©issance Ă  la loi qu'on s'est prescrite est libertĂ©. »(Rousseau)




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